- Hiroquoi ?
- Hiroko Nomura !
- Hiro Moura ?
- HIROKO NOMURA !
… Et il rit, l’Occident, car il ne sait pas prononcer son nom, à elle, Hiroko. Elle aussi rit, aux éclats.
La jeune Hiroko dépoussiérait le salon parental, enfant. Ainsi - mais c’est ainsi que son pays tout entier témoigne son affection- ainsi embrassait-elle ses parents, en frottant le sol nickel.
Le jour où on l’introduisit dans le salon de Love Sexy, elle marqua un rictus inoubliable, à la vue des cadavres occidentaux jonchant le dallage. Love Sexy pouffa, Hiroko aussi, aux éclats.
Elle aime contempler, Hiroko. Pas seulement la lune, tout, renifler aussi, tout, la ruche végétale, animale, humaine, et se taire, ne pas déranger… pour en observer les éclats. Immanquablement, propulsée par un éclat tranchant, Hiroko se redresse, violente, s’envole, géante : elle écrit, elle prend le pouvoir, hé oui, tout le pouvoir, Hiroko monarquesse absolue – oui - aux éclats humanistes. Merde alors ! Et elle écrit, tout en se fichant complètement de la prétendue trace littéraire et posthume à laisser. Car elle sait qu’elle en laissera une, même poussière.
 Elle est mortelle, Hiroko. Elle n’aura pas d’enfants. Elle a une amie qui vit- en Occident avec ses deux enfants. Souvent, elles pensent l’une à l’autre.
C’est tout.

C'est le grand Jour


Texte d'Hiroko Nomura, décor sonore de Toni Bonjour

Fiche d'écoute
Plusieurs lieux possibles : une chambre (d’adulte de préférence), une alcôve, autour d’une machine à café, ou n’importe quelle salle où le public serait assis en demi cercle et dans la pénombre.
 
Au centre, à hauteur d’yeux, sur un guéridon napé de noir trônent :
           
Une vierge Marie éclairée d’une lumière bleue
Des pièces de menue monnaie tout autour
Des câbles emmêlés
Un gobelet en plastique écrasé
Du potage à la tomate renversé.